Du 23 au 28 juin 2026, Biarritz va de nouveau changer légèrement de rythme. Pas brutalement. Ici, les choses ne se font jamais tout à fait comme ailleurs. La ville gardera ses terrasses, ses surfeurs, ses façades blanches, ses matinées salées et ses fins de journée sur l’Atlantique. Mais pendant quelques jours, les conversations glisseront aussi vers les films, les rencontres, les projections, les jurys, les invités et cette agitation élégante qui transforme un festival en moment de ville.
Pour sa 4e édition, le Biarritz Film Festival Nouvelles Vagues confirme qu’il n’est plus seulement une belle idée posée face à l’océan. Il devient peu à peu un rendez-vous identifié, capable d’attirer des figures majeures du cinéma international tout en gardant un ancrage très local. Cette année, le jury de la compétition officielle sera présidé par Kristen Stewart, entourée de Nathan Ambrosioni, Suzy Bemba, Carolina Cavalli, Esmé Creed-Miles, Ishaan Khatter, Whitney Peak et Raphaël Quenard.

Le nom de Kristen Stewart attire évidemment la lumière. Mais à Biarritz, cette lumière ne tombe jamais dans le vide. Elle se pose sur des lieux précis : la Gare du Midi, le Cinéma Le Royal, le Théâtre du Casino Municipal, les rues qui descendent vers la mer, les hôtels, les plages, les cafés, les marches entre deux séances. C’est là que Nouvelles Vagues trouve sa singularité : le festival s’inscrit dans la géographie de Biarritz.
Isabelle Huppert sera l’invitée d’honneur de cette édition. Le festival lui remettra un prix pour l’ensemble de sa carrière lors de la cérémonie d’ouverture. Elle sera également présente le jeudi 25 juin pour une rencontre Gazteria, précédée d’un échange animé par Marco Thiollier, avant la présentation de La Dernière Séance de Peter Bogdanovich au Cinéma Le Royal. Le choix est magnifique pour Biarritz : un film sur une petite ville, une salle de cinéma, l’adolescence, le passage du temps et ce moment où les lieux deviennent des souvenirs.

La compétition longs métrages réunira huit films venus de plusieurs continents. Congo Boy de Rafiki Fariala, No Good Men de Shahrbanoo Sadat, Les Fraises de Laïla Marrakchi, Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun, Animol d’Ashley Walters, Big Girls Don’t Cry de Paloma Schneideman, La Gradiva de Marine Atlan et La Chaleur de Stéphane Demoustier. Ces films parlent de jeunesse, mais pas d’une jeunesse décorative ou publicitaire. Ils parlent de liberté, de désir, de peur, d’exploitation, de famille, de guerre, de corps, de honte, d’élan. Une jeunesse qui ne demande pas seulement à être regardée, mais à être entendue.

Cette année marque aussi l’arrivée d’une compétition courts métrages. C’est une vraie nouveauté. Huit courts, tous présentés en exclusivité française, seront projetés avant les longs métrages de la compétition officielle. Le jury sera présidé par Anthony Bajon, avec Galatea Bellugi, Gohar Martirosyan, Sami Outalbali et SEB. Pour un festival qui place les nouvelles générations au centre de son identité, c’est un geste logique et nécessaire. Le court métrage est souvent l’endroit où l’on ose le plus. Biarritz lui donne ici une place visible, devant le public, dans le cœur du festival.
Mais l’un des axes les plus fortement biarrots de cette édition reste la journée Cinéma & Océan, organisée le vendredi 26 juin au Théâtre du Casino Municipal. Une journée gratuite, ouverte à tous dans la limite des places disponibles, pour explorer les liens entre images, récits et protection du vivant marin. Le festival y réunira films, échanges et prises de parole autour des enjeux maritimes et climatiques. À Biarritz, ce sujet ne sonne pas comme un supplément de programme. Il touche à la ville elle-même. L’océan n’est pas une carte postale. Il est devant nous, il travaille la côte, il attire, il inquiète, il nourrit l’imaginaire local.
Cette journée Océan donne à Nouvelles Vagues une dimension particulière. Elle rappelle qu’un festival installé à Biarritz ne peut pas parler du monde sans parler de la mer. Le cinéma devient alors un outil de récit, de transmission, d’alerte, mais aussi de beauté. Il peut montrer ce qui disparaît, ce qui résiste, ce que nous n’avons pas encore appris à regarder correctement.
Autre signe fort : le programme d’éducation à l’image se poursuit et s’élargit. Pour cette 4e édition, Nouvelles Vagues continue ses actions auprès des jeunes publics, des écoliers, collégiens et lycéens, autour de projections-débats, d’ateliers et de rencontres métiers. Le lundi 22 juin, des projections scolaires réuniront 500 écoliers et collégiens. Le dimanche 28 juin, Le Royal accueillera un teaser rétrospectif des actions menées toute l’année, ainsi que trois films d’atelier. Le festival ne se contente donc pas d’inviter la jeunesse sur l’affiche. Il lui donne aussi une place dans les salles.

On retrouve cette même logique dans le prix des lycéens et apprentis. Depuis sa troisième édition, le festival propose à 60 lycéens de Bayonne, Anglet et Saint-Jean-Pied-de-Port une immersion au cœur de l’événement. Cette année, une classe d’apprentis du Centre de Formation d’Apprentis du Pays basque rejoint l’expérience. Pendant quatre jours, ces jeunes de 15 à 19 ans découvriront les huit films en compétition, en débattront et remettront leur prix. C’est peut-être là que le festival devient le plus intéressant localement : quand il cesse d’être seulement un rendez-vous de professionnels pour devenir un espace de formation du regard.
Le jeudi 25 juin, une journée Cinéma & IA viendra également interroger les transformations du cinéma par l’intelligence artificielle. Là encore, le rendez-vous aura lieu au Théâtre du Casino Municipal. Rencontres, ateliers, démonstrations et projections permettront de questionner les nouveaux outils, les nouveaux workflows et les nouvelles formes de création. Le sujet est mondial, mais sa présence à Biarritz dit quelque chose de l’ambition du festival : relier une ville de bord d’océan à des mutations très contemporaines.

Cette année, Biarritz ne joue pas seulement la carte glamour. Elle accueille Kristen Stewart, Isabelle Huppert, Marion Cotillard, Xavier Dolan et d’autres noms qui attirent naturellement les regards. Mais le plus précieux est ailleurs : dans cette manière de faire circuler le cinéma entre la Gare du Midi, Le Royal, le Théâtre du Casino, les jeunes du territoire, l’océan, les projections scolaires et les discussions sur l’avenir des images.
On chuchote aussi la présence de trois films d’une minute, disséminés au fil du festival, avec des images qui se profilent déjà comme intrigantes, amusantes et élégantes. À suivre.
Pendant quelques jours, la ville devient un grand plan de cinéma. Pas un décor figé. Un lieu vivant, traversé par les films, la jeunesse, la mer et cette énergie particulière qui donne parfois l’impression que Biarritz sait très bien où elle va, même quand elle regarde les vagues.
